Ce moment a semblé duré une éternité, mais est passé en un battement de cil. Et il a laissé une marque indélébile en moi.
C’est au beau milieu des Andes péruviennes que j’ai rencontré le pouvoir des plantes enthéogènes. C’est aussi là que j’ai réalisé que ma vie n’était peut-être pas tout à fait comme je la percevais et qu’en fait, même si j’aurais bien aimé le contraire, je ne connaissais absolument rien de la réalité.
L’echinopsis pachanoi, San Pedro ou Wachuma, est un cactus originaire des montagnes péruviennes qui est utilisé par le peuple quechua depuis des millénaires. Sa texture visqueuse, lorsque cuite à basse température pendant de longues heures ainsi que son goût profondément amer n’ont absolument rien d’attrayant, mais ce sont ses qualités psychotropes qui ont conquis les coeurs et les esprits depuis des générations.
À cette époque, c’était une quête de liberté qui m’avait poussé à dire oui à cette drôle d’aventure, campée dans des anciennes ruines Incas, la nuit, au beau milieu de nulle part. L’envie de dépasser les limites, la curiosité du monde subtil et peut-être aussi une partie de moi qui avait envie de fuir ma vie du moment m’ont fait découvrir des choses que j’avais, jusque là, seulement entendu dans les histoires fantastiques.

Arin, Pérou
À cette période de ma vie, j’étais au coeur de disputes incessantes avec le géniteur de mon fils, dans les remous de violence conjugale et d’une séparation qui me hantait par sa complexité et sa lourdeur. Ma tête et mon coeur n’allaient pas bien, c’est le moins qu’on pouvait dire. Mais malgré tout, j’avais gardé une belle relation avec mon intuition, cette petite voix qui semblait toujours me guider vers la version la plus accomplie de mon être.
Et elle m’a conduite là, étendue de tout mon long sur les herbes rêches, les yeux fixés sur les étoiles. J’attends, en silence, curieuse de voir émerger les effets de la Wachuma. Je n’ai aucune attente; et je sais avec assurance maintenant que c’est la meilleure façon d’entrer en relation avec les plantes maîtresses; avec curiosité, avec ouverture et sans s’attacher à un résultat spécifique. Jusque là, mes seules expériences avec ce genre de substances avait été avec les champignons, mais rien de trop marquant.
C’est donc dans cet état de réceptivité profonde, dans l’écoute curieuse de chaque mouvement que je crois percevoir un rythme subtil, comme une respiration qui n’est pas la mienne. Je suis surprise d’abord, mais je ne cède pas à l’analyse; de toute façon mes capacités cérébrales ne me le permettent pas. C’est d’ailleurs pourquoi cette médecine est si efficace.
Les plantes maitresses nous permettent de sortir de notre cadre de pensée habituel, notre petite boîte personnelle qui contient nos patterns, nos conditionnements et tout ce que notre personnalité a mise en place depuis notre naissance pour nous garder dans un semblant de sécurité. Bien qu’utiles, ces chemins neuronaux créés par l’habitude limitent notre perception à ce que nous connaissons et peuvent nous garder dans un état de stagnation si nous ne faisons pas des efforts conscients pour sortir de notre zone de confort. Les plantes enthéogènes permettent ce genre de sortie de zone qui actualise notre conscience vers une version plus flexible et expansive.
Sans analyse, je reste donc dans la perception directe des sensations corporelles que cette respiration subtile créé en moi. D’abord difficilement perceptible, elle devient de plus en plus évidente. En synchronisant mon attention à elle, mon corps se met à bouger avec elle. Des vagues de plus en plus grandes partent de la base de ma colonne vertébrale et font vibrer toutes mes cellules jusqu’au bout de ma tête. Au bout de quelques minutes, je n’ai plus aucun contrôle sur les mouvements de mon corps ni de ma respiration qui est maintenant ample et sonore.
Ce qui ressemblent drôlement à des vagues d’extase sont aux commandes et je ne peux qu’observer cette expérience sensationnelle. Je ne suis ni impressionnée, ni choquée: ça me semble naturel, comme si quelque chose d’ancien en moi reconnaissais ce qui est en train de se passer. Puis, du fond de moi-même j’entends, clair comme une nuit de pleine lune: “c’est moi, la Terre Mère. C’est avec moi que tu respires, mon enfant.”
Wooooaaaw! Mon visage se fend d’un sourire grand comme le ciel.
Je n’ai alors aucune croyance, aucune connaissance que ce genre d’expérience est possible. Même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu inventer ça. Mais je suis traversée par une certitude viscérale que ce que j’ai entendu est vrai et que nos ancêtres possédaient eux aussi cette sagesse, cette connexion avec l’invisible et avec notre Terre mère.
Au même moment, Stephano, mon partenaire de l’époque vient mettre une main sur mon épaule “preciosita, I think you are being too loud”.
Trop bruyante par rapport à qui ou à quoi, je ne le saurai jamais. Nous étions seuls dans ces ruines et il n’y avait aucune trace de civilisation à des kilomètres à la ronde. Je me suis toujours dit que cette soudaine expression très libre et sensuelle avait dû le rendre mal à l’aise et qu’il avait voulu que ça s’arrête.
Et en effet, tout s’est arrêté.
Je me retrouve alors immergée dans ce qu’il me reste de conscience de mon environnement. J’écoute le chant des insectes, observe les paysages nocturnes se déformer et se reformer, sens dessus dessous. À cet instant précis, émerveillée par ce qui se déroule sous mes yeux, j’ai vécu une histoire qui, même une quinzaine d’années plus tard, demeure la plus difficile à raconter… et pourtant, celle qui a transformé ma vie à jamais.
Dans une série d’apparitions absolument extraordinaires, c’est comme si tout ce que je connais se présente à moi sans ordre précis, de manière non linéaire — comme si tout existait en même temps, dans le même espace. Je vois des objets, des situations, des personnes, des événements de ma vie… mais aussi des éléments qui ne semblent pas appartenir à cette existence, et que je reconnais pourtant comme faisant intimement partie de moi.
Tout se déroule à une vitesse fulgurante, et pourtant d’une lenteur infinie, comme si le temps lui-même s’était dissous. Puis, tous ces fragments se mettent à fusionner les uns dans les autres, à la vitesse de la lumière. Je ressens dans mon corps les effets de cette union fulgurante.
Et soudain, tout converge dans un seul et unique point. Un point fixe, absolu.
Ce point, c’est MOI. Mais pas "moi" Daphnie. MOI… comme une présence omnisciente, infinie, éternelle. C’est là que j’ai compris. Ou plutôt… que j’ai reconnu une vérité ancienne, une vérité que je porte depuis des vies et des vies. Nous sommes UN.
À ce moment il n’y a plus de personnalité, il n’y a pas de pensées, pas de paroles. Juste une absolue reconnaissance de la vérité nue, brute et absolument sublime: je n’ai jamais été séparée de quoi que ce soit. Tout est moi et je suis tout.
Ce moment a semblé duré une éternité, mais est passé en un battement de cil. Et il a laissé une marque indélébile en moi.
La personnalité est revenue peu à peu. Les pensées, la sensation de séparation, les jugements, les conditionnements. Petit à petit Daphnie est retournée en avant plan, avec tous ses conditionnements et ses schémas de pensées. Mais l’expérience de l’Absolu a ouvert une brèche dans ma conscience qui ne s’est jamais refermé.
Et cette reconnaissance de l’Unité fondamentale a continué de faire son chemin, au fil du temps, nourri sans relâche par la méditation, les lectures et la pratique de la pleine conscience. Cette brèche s’est agrandie avec l’intention constante, jusqu’à devenir un portail dans lequel prend racine mes actions, mes enseignements et ma pratique. J’en ai même créée une méthode thérapeutique: Le Soin d’Unité PEARL.
Mon parcours avec les plantes maîtresses s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui, toujours teinté d’émerveillement et de profondes découvertes à chaque rencontre. Elles sont véritablement intelligentes et, j’en suis convaincue, ouvrent une porte précieuse vers une conscience plus vaste et alignée de l’humain.
Cela dit, bien qu’elles puissent nous indiquer la voie, les plantes ne sont pas un chemin de conscience en soi : leur sagesse demande à être intégrée par des pratiques concrètes, de la méditation et un engagement sincère envers notre évolution intérieure.
Quelques jours après la nuit dans les ruines, je me faisais tatouer sur le bras le cactus San Pedro, ce grand et puissant enseignant. Non pas pour m’en souvenir, car on ne peut oublier ce qui nous transfigure, mais pour honorer à jamais le sceau invisible qu’il a laissé en moi. Un souffle ancien, une vérité nue, un amour sans contour.
Ce tatouage est un serment: celui de ne plus jamais vivre divisée. Celui de marcher le cœur ouvert, dans la mémoire brûlante de l’Unité.
Merci Wachuma. Merci Pachamama.
We are One.
Daphnie 🩷
N.B. Pour ceux qui se le demandent, sans en promouvoir l’achat ou la consommation, j’offre de l’accompagnement dans des rituels sécuritaires de plantes médecines. Vous pouvez me contacter pour toutes questions. Pour les aventuriers avisés.
